je psychote, tu psychotes, nous psychotons

Publié le par Clém.

Je psychote, tu psychotes nous psychotons !

 

Une journée ordinaire dans une vie ordinaire... le matin

 

09.2010-084.jpg

 

La radio me hurle dans les oreilles depuis au moins 10 minutes :  j’entends «… protocole de paix, immigration contrôlée, dealers, accident, 15 morts, la grisaille persistera une bonne partie de la journée, mariage gris, bilan mitigé, le chômage en hausse, Sarkosy en baisse, déflation, inflation, dépression… »

 

Je ne sais pas pourquoi mais quand je me réveille le matin j’ai souvent mal au crane. J’allume ma lampe de chevet et j’enfonce ma tête dans l’oreiller, je me demande comment il fait le présentateur pour pas se suicider, il doit avoir un truc, il se chante une petite musique idiote dans la tête pendant qu’il lit ou alors il a été lobotomisé… en tout cas moi je ne l'ai pas été : j’ai juste besoin d’un café pour me réveiller. Le café c'est primordial : c’est pas la peine de me parler avant, je me cogne dans tous les coins de meuble et je grogne jusqu’à ce que j’atteigne la cafetière. Quand le café est lancé, si j’oublie pas de mettre la poudre de café ou l’eau ou de la mettre en route, je file réveiller les louloux qui dorment comme des loirs au milieu de l’hiver…et comme ils tiennent tous de leur maman, ça grognent sous toutes les couettes, des bras font les batteuses et les jambes font de l’aviron. Un petit mot doux glissé dans le creux de l’oreille et deux petits bras s’accrochent à mon cou pour un joue à joue du matin. Leurs réveils nécessitent plusieurs aller retour : cuisine (il coule pas ce café !)-chambre « debout », café dans le gosier-chambre « allez allez !», salle de bain (mon Dieu c’est à moi cette tête !), chambre 1(mais qu’est-ce que je vais pouvoir me mettre ?!)-chambre 2 « DEBOUT ! »

et là, je croise leur grand loulou de papa qui sort de la salle de bain frais comme un gardon et qui laisse tomber un « j’y vais, je suis en retard ! ».

Cette petite phrase c’est comme une bonne décharge, les doigts dans la prise (plus fort que le café) : « heinnnnnn ??????? Quoiiiiiii !!!!! Quelle heure il est ?! » suivi d’un « tu peux pas faire ça ! M’abandonne-paaaaaasssss !!!! »

 

Allez pas de panique il reste 20 minutes pour faire déjeuner les 3 engins, l’un dit : « c’est moi tout seul ! », éponger le lait renversé sur la table, parer au « c’est pas juste il en a plus que moi ! » au : « elle est où ma tétine ? » les faires se déshabiller, s’habiller, « Samuel c’est pas le moment de jouer à cache-cache !»,  leur mettre les chaussettes, passer un coup de brosse, retourner le tee shirt qu’est à l’envers « mais si c’est comme ça maman ! » sourcil baissé, yeux dans les yeux « l’étiquette c’est derrière ! » réponse du loulou qui se démonte pas « je le savais, Alors !!! », sortir 3 fois les chaussettes du placard parce qu’entre temps ils les ont perdu 2 fois. « Maman elle est où ma culotte », trouver les 3 paires de lunettes qui ne sont JAMAIS à la même place, se mettre à plat ventre pour dégoter la chaussure tout au fond sous le lit, s’entendre dire pour la millième fois « c’est pas le bon pied ! »… « ah si excuse-moi ». Et pendant ce temps là allez prendre ma douche, m’habiller, me coiffer et me maquiller un petit peu. « Mais qu’est-ce que t’as fait ! non elles étaient bien tes chaussures là ! et bien remets les à l’endroit ! » je m’énerve un peu : « ben quoi t’es pas encore débarbouillé, t’attends le dégel ou quoi ? » « maman c’est quoi le dégel ? » ; « Et moi je peux en avoir sur les cheveux ?!»

 

Parfois je m’énerve beaucoup … les chaussures ont les trouve pas, le blouson a disparu et je m’aperçois que la maitresse a laissé un mot dans le cahier que je n’ai pas vu. Je balance le beurre dans le frigo et les bols dans l’évier. J’ai encore oublié de nourrir les poissons…

On commence par être vraiment en retard, je sers les dents : « il est où ton sac ? » au grand qui sort les deux mains dans les poches. Et là les mots que je devrais ravaler sortent en m’écorchant les lèvres « mais tu peux pas y penser, t’es stupide ou quoi ? » Je regrette déjà, je suis désolée car cette vie de dingue c’est nous qui leur faisons subir. L’école c’est à 9h mais nous on est dehors à 7h45 quand on n’est pas en retard, puis  au centre à 8h. Je cours attraper un bus et j’arrive au travail à 9h, parfois avant.

J’entre dans la salle de réunion, ils sont déjà tous assis. Ca n’a pas commencé, je respire un grand coup, je suis rouge d’avoir couru. Je croise le regard de la cadre qui lève la tête vers la pendule…il est 9h02.

Cela m’a valu un « arrive systématiquement en retard »

 

Je psychote, tu psychotes nous psychotons !

 

Chaque matin je livre une bataille effrénée contre le temps, à chercher les chaussures qui se planquent, à moucher les nez qui coulent, à regarder les yeux mouillés de mes petits louloux derrière la fenêtre du centre, à lancer des baisers avec mes mains et en recevoir aussi.

J’ai l’impression par moment d’avoir deux vies,  comme une espionne, aucune ne doit déteindre sur l’autre... ça psychote dur... 

La première vie, entre 9h et 17h, où il n’est pas permis d’avoir 2 minutes de retard, et où j’écoute les gens me raconter leurs malheurs et leurs petits bonheurs heureusement aussi parfois (trop rarement),

et l’autre vie  où j’accompagne du mieux que je peux, 3 petits êtres, 3 petits miracles, à grandir un peu plus chaque jour.

 

 

 

Commenter cet article

Emmanuelle 06/10/2010 15:52


Qu'est-ce que je peux me reconnaître dans ce que tu racontes.... C'était ma vie avant ! Avant le moment où j'ai craqué et où j'ai été arrêté pour dépression.
Je n'arrivais plus à concilier ces deux femmes en moi, plus celle qui se faisait insulter par ses élèves.
Depuis, je me reconstruit et je me consacre à mes loulous...


Clém. 12/10/2010 18:37



Tu as bien raison, nous n'avons qu'une vie et c'est surement pas pour se faire emmer... bon courage à toi,


Clémentine



Violette 06/10/2010 11:16


j'aime beaucoup ton texte!


Clém. 12/10/2010 18:38



merci ma Lelette! je t'en écrirai d'autres...