à Nicole

Publié le par Clém.

Chère Nicole,

Je savais que tu allais me manquer et tu nous manques à tous.

Ton prénom résonne encore et résonnera longtemps dans le service. Et dans le cœur de beaucoup d’entre nous…

Tu t’es battue comme une lionne pour vivre jusqu’au bout pendant ses trois années de souffrance.

Toi que la vie à toujours malmenée, tu méritais bien un peu de repos, de te poser enfin et de vivre tranquillement…

Mais voilà que le long travail que l’on a fait toutes les deux a été effacé d’un seul coup.

Tu étais enfin acceptée dans ce foyer, tu t’es remise en question, tu t’es battue pour avoir cette place. Et tu l’as eu.

Je te revois encore il y a trois ans, venir me voir dans mon bureau pour me dire que tu avais senti cette boule sous ton sein droit, que tu sentais grossir.

Je revois l’inquiétude dans ton regard et je savais moi aussi que ta mère et ta sœur, celle que tu aimais tant et qui te manquais tellement, avaient disparu à cause de ça.

Je cherchais les mots pour te dire que ça allait aller qu’on allait faire ce qu’il fallait et que peut-être ce n’était rien mais au fond de moi je savais bien que cette épreuve serait sûrement la dernière.

Je ne me doutais pas que cet accompagnement là, serait pour moi le plus difficile.

Je sais travailler avec les souffrances psychiques mais pas avec celles qui sont liées aux souffrances du corps.

Tu m’a appris. Tu m’a donné de cette force qui ne t’as jamais quitté.

Par ailleurs tu souffrais d’une schizophrénie qui a commencé quand tu avais 20 ans. Tu as souvent été hospitalisée…

En dernier tu refusais d’entendre parler de cet hôpital psychiatrique qui te rappelais tant que la folie t’avait suivi tout ce temps.

Tu ne voulais plus que l’équipe t’appelle. Tu as fait trois exceptions : la psychologue, une infirmière et moi : ton assistante sociale.

Et jusqu’au bout tu as fait en sorte que je ne m’inquiète pas. Tu savais que j’avais de la peine. Je te tenais la main et c’est toi qui tenait la mienne. Tu me disais « ça va aller » et tu étais sereine.

Aux soins palliatifs ils nous avaient dit qu’il devait te rester une semaine à vivre et tu as tenu presque six semaines…

Ta famille est venue te voir: un frère et une sœur, que tu n’avais pas vu depuis 20 ans. La maladie psy t’as coupé d’eux pendant tant de temps, le cancer les a fait venir à toi. Ils sont venus te dire au revoir. Ils sont tous venus, tes 5 frères et sœurs, tes neveux et nièces.

C’était très émouvant.

Tu nous manques, tes éclats de rire et tes coups de gueule. C’est tout toi qui nous manque.

Ce petit mot, c’est pour te dire qu’on ne t’oubliera jamais.

 

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Audrey 11/12/2007 15:22

C'est vrai qu'elle nous manque. On en a jamais reparlé, par pudeur sans doute mais c'était tellement dur!! C'était une femme formidable, beaucoup de courage et de dignité.